Le laboratoire de Saint‑Gobain entend rapprocher la science des plastiques et la biologie
WORCESTER — Pour la biologiste Natalie Fekete, la plus grande satisfaction de son métier est de savoir qu’elle peut avoir un impact concret sur la vie des patients. Originaire d’Allemagne, elle est ingénieure de recherche senior au sein de Saint‑Gobain Performance Plastics.
En mars, l’entreprise a officiellement inauguré son laboratoire dédié aux sciences de la vie, implanté sur le campus de la University of Massachusetts Medical School, à l’occasion d’une cérémonie d’inauguration. Le choix de ce site s’explique notamment par sa proximité avec le centre de recherche et développement de Saint‑Gobain à Northboro.
Natalie Fekete travaille aux côtés de Jennifer Morgan, ingénieure de recherche, sur le développement et les essais de nouveaux produits destinés au marché des thérapies cellulaires et géniques. L’activité Performance Plastics de Saint‑Gobain fabrique notamment des produits à usage unique, tels que des poches de culture et de traitement cellulaire VueLife®, principalement conçues à partir de polypropylène fluoré (FEP).
« Nos matériaux offrent un environnement sûr et adapté aux cellules lorsqu’elles sont en dehors du corps humain », explique Natalie Fekete.
Le laboratoire de 130 m², classé Biosafety Level 2, a pour mission d’isoler, traiter et cultiver des cellules, ainsi que d’étudier les interactions entre les matériaux, les protéines et les cellules. Dans un communiqué de presse, Benjamin Le Quéré, responsable de l’activité Bioprocess Solutions de Saint‑Gobain, indique que l’objectif est de mieux comprendre l’impact des produits sur leurs applications finales.
« Nous cherchons à combler le fossé entre la science des matériaux et la biologie », précise‑t‑il.
Natalie Fekete décrit le processus thérapeutique comme une opération dite “de l’aiguille à l’aiguille”. Tout commence par un prélèvement sanguin chez le patient, qui est ensuite placé dans une poche où les cellules sont isolées et traitées. Les étapes suivantes consistent, par exemple, à stimuler et modifier les cellules afin qu’elles puissent combattre des maladies comme le cancer, avant que les cellules les plus efficaces ne soient réadministrées au patient par injection.
« Les cellules sont petites et vivantes », souligne‑t‑elle. « Elles ne doivent pas perdre en efficacité. Comment produire, à chaque fois, un produit cellulaire performant ? Comment améliorer les matériaux utilisés par les fabricants ? C’est un domaine encore très jeune, passionnant, et une nouvelle manière de traiter les maladies. »
Selon elle, Saint‑Gobain se distingue par ses 353 années d’expertise en science des matériaux, ainsi que par sa présence mondiale.
« La plupart des entreprises ne travaillent pas sur l’interface entre biologie et matériaux comme nous le faisons », observe‑t‑elle. « Certaines fabriquent la poche, mais ne comprennent pas la biologie. »
Outre les équipements dédiés à l’étude des interactions cellules‑matériaux, le laboratoire dispose également d’un espace consacré au développement d’applications, avec des capacités spécifiques en soudure stérile, pompage et tests à basse température.
« La création d’un laboratoire est une opportunité unique, très exigeante et nouvelle pour Saint‑Gobain », souligne Natalie Fekete.
Dans un communiqué, Steve Maddox, directeur général de Saint‑Gobain Life Sciences, précise que le laboratoire de Worcester constitue un élément clé de la stratégie de l’entreprise visant à renforcer ses capacités dans le domaine des thérapies cellulaires et géniques.
Ces thérapies émergentes sont particulièrement prometteuses car elles reposent sur l’utilisation des propres cellules du patient pour lutter contre la maladie.
« C’est véritablement de la médecine personnalisée », explique Natalie Fekete. « Des mutations de l’ADN surviennent chaque jour. Le système immunitaire est conçu pour les détecter et les éliminer. Dans 90 % des cas, il y parvient. Lorsque ce n’est pas le cas, il faut le réactiver. »
La complexité du travail, combinée à l’envergure d’un grand groupe aux multiples activités, représente à la fois ce qu’elle préfère et ce qu’elle trouve le plus difficile dans son métier.
« La biologie n’est jamais simple. Chaque cellule est différente. Il faut multiplier les essais pour comprendre les mécanismes et concevoir le produit le plus qualitatif possible », ajoute‑t‑elle.
Lauren Howe, directrice senior en charge de la philanthropie, de l’engagement communautaire et de la communication de crise chez Saint‑Gobain, souligne l’importance de ces travaux :
« Le travail réalisé par Natalie est remarquable. Pouvoir évoluer dans une entreprise et un domaine comme celui‑ci est une réelle source de fierté. »
Bien qu’aucun partenariat formel n’existe à ce stade avec l’UMass, Natalie Fekete utilise certaines des plateformes technologiques de l’université, accessibles sur une base contractuelle. Un accord plus structuré pourrait voir le jour à l’avenir.
« J’espère pouvoir un jour aller frapper aux portes de l’UMass pour recueillir leurs retours », conclut‑elle.
L’activité Performance Plastics fait partie de Saint‑Gobain Corp., la holding nord‑américaine du groupe français Compagnie de Saint‑Gobain, fondée en 1665. Le Groupe opère dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures, des transports et de l’industrie. En 2017, il a réalisé un chiffre d’affaires de 47,5 milliards de dollars, emploie 179 000 collaborateurs et est présent industriellement ou commercialement dans 67 pays.
Article de Susan Gonsalves, correspondante – Source originale : telegram.com (Worcester, Massachusetts).